Filed under: Media Redirections
Media Redirections
STRATÉGIE MÉDIAS
Depuis près de dix ans, j’ai centré mon travail d’artiste visuel sur les relations entre environnements réels et virtuels, mis en scène dans une équivoque entre documentaire et fiction. J’ai ainsi fait des films sur des expositions qui n’ont jamais eues lieu dans le monde réel, et pour cela créé des architectures fictives permettant d’agrandir le nombre de salles de la galerie où l’exposition prétendait se situer.
Le projet “Moving out Moving in” est en relation étroite avec ce type d’œuvre A la fin de l’été 2006, j’ai visité Dieppe à l’occasion d’un workshop préfigurant les débats de la Biennale sur le paysage du port de Dieppe. J’ai découvert une situation très semblable avec ce dont j’avais fait l’expérience à Copenhague il y a une dizaine d’années. Une zone énorme située en plein centre va peut-être changer de sens et de fonction. De nombreux intérêts politiques et économiques ont pris le contrôle de ces changements. Une situation créant pour certains des attentes fortes en terme d’innovation urbaine, et pour les autres de la confusion ou du rejet. C’est ici que commence mon projet.
En tant qu’artiste se concentrant sur des “documentaires virtuels”, j’ai vu dans le paysage portuaire de Dieppe un potentiel énorme pour produire une documentation photographique de scenarii futuristes : et si l’autoroute de Rouen passait au-dessus du port pour être connectée avec le port ferry? Et si Notre Dame des Grèves était remplacée par une mosquée gigantesque pour accueillir les immigrés clandestins qui restent à Dieppe faute d’arriver à traverser vers l’Angleterre ? Et si on construisait des tours sur l’Ile
du Pollet, pour augmenter la capacité hôtelière de Dieppe ? Et si, et si, … Ces images concepts évoquant des transformations plus ou moins radicales d’un paysage malgré tout familier a deux objectifs : poser la
question de l’innovation en anticipant des changements qui miment de grandes opérations urbaines,
mais aussi tout simplement reposer la question du paysage réel.
Mais pour cela, il est important que ce soient avant tout les dieppois qui soient les destinataires de ces images. J’ai donc souhaité que ce projet puisse par exemple être publié dans le journal quotidien de Dieppe, celui que tout le monde lit : les Infos Dieppoises. Cette stratégie consistant à utiliser le journal comme galerie d’exposition, plutôt qu’un espace conçu pour montrer de l’art cherche à s’adresser justement à ceux qui n’iront jamais voir une exposition. Une opportunité pour les dieppois d’être confrontés d’une manière inattendue aux enjeux du futur du port, qu’ils détestent ou adorent ces images.
